Liberté de presse : état des lieux dans un champ de ruines
Les gouvernements et les grands groupes industriels ont encore une dernière ennemie avant de pouvoir dominer totalement l'information du public : la liberté de la presse. Ce droit constitutionnel, imaginé par Madison, Jefferson et Benjamin Franklin, parmi les pères de la constitution américaine, et par Mirabeau, Condorset ou Dideront, parmi les pères de la république française, semble désormais tout au plus inutile. Au mieux gênant. Voyez donc le mal que peut faire l'information - c'est laisser le simple peuple mettre le nez dans les Affaires de l'État, avec 2 majuscules s'il vous plait ou, tout aussi grave, de Ceux qui Savent. 2 majuscules aussi pour MM Messier et autres pontes industriels. Les innocents ne comprennent rien à toutes ces affaires. Pour preuve - ils ont élu des hommes politiques ouvertement corrompus, mis à mal dans de nombreuses affaires de pot de vin et autres, et ils s'en fichent. Mieux encore - ils vont les réélire. Alors pourquoi les troubler dans leur bonheur innocent en faisant circuler certaines informations ? Souvenez-vous, il n'y a que la vérité qui blesse. Appliquons donc quelques principes médicaux et pour guérir cette blessure, enlevons la vérité ! Cette médecine hippocratique et hypocrite est pratiquée très généreusement en France. Elle au moins ne fera pas de trou à la sécu... Un rapide état des lieux : une nouvelle loi va obliger les journalistes à révéler leurs sources - même la commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) trouve l'idée aberrante. Pour Thierry Meyssan, cette distinction crée un précédent dangereux. «L'exception de presse s'applique actuellement à tous les citoyens qui ont une activité littéraire ou journalistique, pas seulement aux journalistes professionnels travaillant dans de grandes rédactions. [Le projet de loi] introduit donc une disparité entre les citoyens, selon qu'ils exercent leur liberté d'expression à titre privé ou professionnel.» Et au détriment des professionnels. Au Canada, en Australie, ou ailleurs la situation est identique grâce aux attentats du 11 septembre. S'ils n'existaient pas, nos gouvernement les auraient inventés - voyez toutes les lois bâteau qu'ils ont permi de faire passer ! Le délit d'opinion est même revenu en devenant maintenant de « l'apologie du terrorisme »... D'ailleurs, tous ces gens qui revendiquent la liberté de la presse, ne seraient-ils pas des alliés des terroristes, des islamistes intégristes ? C'est bien connu, pour tuer son chier il faut clamer haut et fort qu'il a la rage ! Tout ça, c'est très utile pour les affaires. Même, ou surtout, en médecine, domaine où l'information a de vrais conséquences économiques ! Comme rapporté par notre confrère medhermes.fr, chez Bertelsmann Santé (ex: Impact Médecin) il ne fait pas bon s'élever contre l'entente entre la presse et l'industrie pharmaceutique. Didier Laurens, le rédacteur en chef, a ainsi été remercié car il a osé dénoncer les ingérences publicitaires au sein de la rédaction : « Depuis neuf mois que je suis entré dans cette entreprise, je n'ai eu de cesse de dire non à de l'entrisme publicitaire ». Faut croire que professionellement parlant, celà ne lui aura pas été bénéfique. « Tous les arbitrages sont faits aujourd'hui en faveur des annonceurs » - il voulait donc « clarifier la situation » et « s'entretenir directement avec les actionnaires allemands de Bertelsmann pour qu'il y ait un rééquilibrage entre le rédactionnel et la publicité ». Mauvais plan. Critiquer la stratégie du groupe c'est aller contre le groupe - c'est presque signer son propre licenciement pour oser faire preuve de professionnalisme et d'honnêteté intellectuelle. Il aurait pu s'y attendre - Marie-Gaëlle Le Perff s'est récemment sabordée pour éviter de subir le même sort. Elle avait été chargée de la rédaction d'un dossier sur les troubles de l'érection et ses traitements, sujet hautement sensible depuis l'arrivée de Ixense (Takeda) alias Uprima (Abbot) en concurence du Viagra (Pfizer). La directrice commerciale du groupe de presse, Le Dr Claudine du Fontenioux de chez Takeda avait alors envoyé directement à la rédaction des arguments pour Ixense. On n'est jamais mieux servi que par soi même - le principe doit être vrai en matière de journalisme. « Il s'agit d'une bévue malencontreuse, d'un dérapage inacceptable », selon Gérard Bardy. N'empêche que dans l'histoire, personne n'a perdu son travail, sauf la journaliste qui a refusé de signer de son nom l'article très pro-Takeda, même après modifications « éthiques » et a choisi de démissioner. Pendant ce temps, outre atlantique, les liens hypertextes sont sur le point d'être rendus payants par British Telecom qui affirme maintenir un brevet dessus. Les brevets sur les logiciels n'existent pas en europe, mais ça lobby fort pour nous les importer. Gageons qu'une fois que les hyperliens seront règlementés puis que les matériels et logiciels seront fliqués, l'information dissidente pourra être mieux contrôlée et éradiquée. Au débat de Versailles sur la Déclaration des droits de l'Homme, Le Duc de la Rochefoucault disait déjà : « C'est la presse libre qui a détruit le despotisme et avant lui, le fanatisme ». Le premier amendement de la consitutaion américaine, la constitution française et autres... ce n'est plus que du passé devenu gênant ! Le but de la presse n'est pas de nos jours d'être libre, mais d'être un instrument de « paix sociale », c'est à dire de maintient du pouvoir pour ceux qui l'ont. Pour que tout continue d'aller bien dans le meilleur des mondes.
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