Carte d'étudiantavion : voyages-voyages - Écrit le 2000-06-17 à 02:58:25BEEEP BEEEP crie le réveil. 7h30. Je le frappe violemment et m'accordeencore 5 minutes de sommeil. Je me réveilles doucement, et me rends compte qu'il est 10h. OUPS ! Jevais être en retard au service ! (Suite de l'article en cliquant sur « Donner votre avis ») Allez, course à travers le campus, jusqu'à l'hôpital, puis début des consultations. C'est de l'urologie pédiatrique, rien de bien fantastique ou de bien nouveau, et l'heure du repas approche à grand pas. On m'informe que aujourd'hui mercredi, c'est un repas commun ; tout le monde à amené un plat. C'est très bon, surtout le gateau au fromage et aux framboises, et il n'y a qu'un plat mexicain trop épissé qui ne me laissera pas une bonne impression. Ensuite dans l'après midi 2 opérations, correction de cryptorchidie chez un jeune enfant puis fermeture d'une fistule sur un hypospadias déjà corrigé. En rentrant à ma chambre je me rappele que j'ai invité Kelly à un concert de jazz donné par un étudiant que j'ai croisé le premier jour. Toutefois, je ne la trouves pas à l'endroit convenu pour le rendez-vous, une fraternité d'étudiants, et je me rends donc seul au pub où est donné le concert. Très bonne musique, excellente ambiance ... et c'est surtout la finale de la NBA, LA Lakers/Indiana Pacers ! Le score est très très serré, même si les Pacers mènent pendant une bonne partie du 4e quart temps. C'était sans compter sur O'Neal qui avec plusieurs tirs éloignés redonne l'avantage au Lakers, aidé par des fautes de Miller lui valant des lancers francs. À la fin du temps règlementaire, 104/104. Dans les prolongation, Miller ne sera pas aussi performant que dans le march, et Siks même s'il marque de nombreux points n'arrives pas à remonter le score. 117/120, à 10 secondes de la fin, le match semble gagné pour les Lakers, mais une faute sur Miller leur coûte un lancer franc. 118/120, 5 secondes à jour, Miller va tempter le tout pour le tout mais ratera son tir à 2 points. La foule dans le stade se lève pour applaudir les héros de la soirée, et dans le bar l'ambiance est aussi très forte. 1h du matin... bon je vais dormir ! Je croise des individus bizzares et des vers luisants volants en rentrant à ma chambre (bizzare, moi qui croyais qu'il ne faisaient que ramper) et m'écroules dans mon lit. BEEP BEEP ! Oh non, déjà 7h30 ! Bon, ce matin je vais faire attention à ne pas me rendormir. 9h, je me réveilles et me rends compte que ce ne fut qu'un voeu pieux. Allez, une douche, la chemise, la cravate, le badge sur la blouse et en route ! Je me repères de plus en plus facilement, et j'arrives à l'hôpital pas trop en retard. Ce matin, je suis en urologie oncologique. Le responsable de la section m'accompagne pour un premier examen, m'explique les rubriques à remplir sur les feuilles, m'intérroge sur ce que j'ai diagnostiqué sur un TR, puis m'envoie m'occuper d'un autre patient. Je suis assez timide au début, assez étonné par le manque d'émotivité du patient, mais je pose les questions habituelles, complète le dossier, palpe les adénopathies... Je reviendrai 5 minutes plus tard pour terminer l'interrogatoire et vérifier d'éventuelles douleurs osseuses. Accompagné par le professeur, je présente le cas clinique, discute du diagnostic/pronostic... Bon il ne manquait sur ma feuille bleue que les médications et les périodes de traitement. Je suis moyennement satisfait et penserai à ces détails la prochaine fois. Après une mâtinée à palper des prostates, étudier des taux de PSA, des states TNM, des scores de Gleasson, chercher des métastates osseuses (...) je suis fatigué. Chose amusante, tous les patients se voient proposé de faire partie de protocoles cliniques. De la supplémentation en Sélénium à des inhibiteurs de kinases cyclines dépendantes, tout y passe et tous y passent. Les professeurs et les étudiants ont besoin de faire des publications on dirait :-) Il y a même un patient, 70 ans, qui se vante de faire partie de chaque nouveau protocole clinique ! Cette fois ci, il a essayé un nouveau protocole chimiothérapique auquel du carboplatine a été rajouté. Il est très satisfait d'avoir moins de douleurs et que le PSA descende ; presque jovial, plutôt étonnant lorsqu'on sait qu'il a des métastases osseuses et pulmonaires multiples ! En sortant de l'entretient, une délicieuse odeur arrive à mes narines. Du poulet grillé avec des herbes fines, pas de doute possible ! Des résidents sont en train de fêter leur départ, donc ils ont fait venir un traiteur grec pour nous gaver, et ont amenés un gâteau d'adieu de 1m de long ! Encore une fois, je trouve la nourriture délicieuse, au grand étonnement des médecins locaux qui pensent qu'en France on mange chaque jour comme dans un 4 étoiles :-) Pour accompagner, il y a du "sweet tea", thé *très* sucré chaud, auquel il faut rajouter du sucre selon une coûtume du sud. Ce sera mon premier jour sans coke, je le regrette presque ! Pendant la pause, j'en profite pour expliquer à des infirmières comment fonctionne l'Europe, le parlement européen, les accords de Shengen, l'Euro... elles ont l'air intéressées pour leurs prochaines vacances, et sont curieuses de savoir comment les américains sont vus par les européens. Je suis moi même curieux du contraire pour mes prochaines vacances ! Ensuite, je me rends avec les 2 "résidents" (terme local pour désigner les 3e années) dans le bureau du professeur pour présenter des cas cliniques et vérifier nos connaissances. N'ayant pas préparé de cas clinique, je photocopie une page d'un dossier et prévois d'ellaborer sur place... Les résidents présentent respectivement une pyélonéphrite aigüe, puis un cas d'insuffisance rénale aigüe induite par des « plantes médicales chinoises ». Cette fois la question culturelle est sur l'utilisation des phosphatases dans le cancer prostatique (notamment de son intérêt comme marqueur de métastates, mais surtout de l'histoire de son utilisation ; j'apprends ainsi qu'il est utilisé depuis 1930 !) ainsi que de l'orchitectomie pour les cancers prostatiques métastasiés. Arrive alors mon tour, et je dois présenter un cas clinique. Un tête à tête avec un chef de service, gloups! En France c'est déjà bien de les voir en cours... Mais bon, il faut bien se lancer, je respire un bon coup puis présentes donc le cas d'un patient âgé de 72 ans, qui a été envoyé à l'hôpital par son médecin pour une PSA trop élevée (5). On discute du cas, et je présente notamment les différents chiffres de PSA, du moins fiable au plus fiable : - PSA > 4 - PSA corrigée par l'âge (7.2 dans ce cas) - PSA libre < 25% - « vitesse de PSA » : croissance > 0.8 par an (signant 80% de malignité) Vu les éléments biologiques et sémiologiques concordant, je conclus sur une hypertrophie bégnine, ce qui satisfait le professeur qui rappele l'utilité mais hélas la rareté de l'utilisation des nouveaux chiffres de PSA. On parle ensuite de l'intérêt des antibiotiques dans la diagnostic différentiel de l'hypertrophie bégnine et du cancer de la prostate, de la cipro puis des fluoroquinolones en général, et des techniques diagnostiques nécessaires ou inutiles, du suivi... Bon, ma discussion semble l'avoir convaincu, et je ne suis pas peu fier d'avoir fait aussi bien que les étudiants locaux, dans un ididifférent de ma langue maternelle. Il conclut l'entretient sur une mise en garde contre les cadeaux des laboratoires pharmaceutiques, nous recommandant de les stocker jusqu'à ce que le médicament soit retiré du marché :-) Il nous fait voir sa panoplie d'objets publicitaires et effectivement, il n'y a que des vieux médicaments, plus en vente. C'est un moyen comme un autre de marquer sa rébellion et de refuser de devenir un paneau publicitaire sur pattes, je trouve l'idée amusante et intéressante et pense utiliser en France les cadeaux publicitaires américains et vice-versa pour ne pas faire de publicité ! L'après midi je vais un peu de clinique, imprime une lettre de recommandation qui me manquait pour avoir en plus de ma carte d'hospitalier ma carte d'étudiant américain -- je ne l'avais pas encore, ce qui rendait impossible mon accès à différents services Je me rends au bureau de la carte, remplit un formulaire, me fait tirer un portrait numérique, et étonne le préposé par mon absence de SSN. Ce numéro, aussi appelé "social security number" est une sorte d'indentifiant unique donné à chaque américain et dont les organismes en tous genre sont très friands, plus même que le nom et le prénom car il permet de les retrouver ! Pas de loi informatique et liberté ici... Ma carte est directement imprimée sur le plastique, un numéro personnel m'est remis pour remplacer mon SSN, et de la « monnaie virtuelle » est transférée sur ma carte. Je me suis d'ailleurs fait peur, ne trouvant plus ma carte de crédit (oubliée dans ma chambre) en m'imagineant les procédures à faire et la vie locale sans carte de crédit ! Mais bon, j'ai finalement ma carte d'étudiant, et je me sens maintenant plus intégré dans la vie locale, la carte servant partout sur le campus : pour les contrôles d'identité, pour payer ses achats, pour aller aux clubs d'étudiants, pour aller dans les bars avec des âges minimum, pour entrer dans certains bâtiments (comme la laverie ou la piscine), pour bénéficier des réductions spécial étudiants dans le centre ville... Facturée 15$, elle est donc indispensable mais très dure à obtenir si l'on n'a pas tous les papiers en règle, et surtout 20 minutes à perdre pour faire vérifier le dossier et imprimer la carte ! Je rentre à l'hôpital et découvres qu'à 17h, mon service est fermé. Pas grave, je reviens à ma chambre, tapes ces quelques lignes, grignottes et vais enfin profiter d'un repos mérité. Pas de douche ou de laverie possible, malgré ma belle et récente carte d'étudiant, car hélas il y a eu une coupure d'eau ! À 21h, tout est réparé, pas mal pour le délai.
C'est promis, demain je me lèves tôt, donc je finis ces lignes !
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